06/05/2011

La traduction de l'interview de Vangheluwe: "Oui, cela s’est aussi un peu produit avec mon autre neveu"

Je vous souhaite beaucoup de courage et d'honnêteté pour cet entretien. Je vous avais demandé cette interview et vous y avez longuement réfléchi avant de vous décider. Qu'attendez-vous de cet entretien ?

"Je voudrais d'abord dire à quel point toute cette affaire m'attriste et me désole profondément. Depuis l'an dernier, je me suis excusé à plusieurs reprises par écrit pour ce que j'ai fait, et je tiens expressément à le refaire devant la caméra. Je veux faire savoir à mon neveu, à ma famille et à toute la communauté religieuse que ce que j'ai fait est très grave, et que cela a déçu, contrariés ou attristé beaucoup de gens. Je voudrais dire que je compatis dans la mesure du possible."

J’irai droit au but. Vous avez abusé de votre neveu lorsqu’il avait cinq ans, et ce jusqu’à ses dix-huit ans. Comment cela a t’il commencé?

"Je ne dirai pas grand-chose à ce sujet. Lorsque nous allions rendre visite à la famille, il n’y avait pas tellement de place pour dormir, et il y avait donc toujours quelqu'un qui dormait avec moi. Au fil des ans, tous les neveux ont dormi avec moi. C’était également le cas avec le neveu en question, et à un moment donné cela a commencé avec ce garçon, un peu comme un jeu ;, je dirais. Et en fait, ce n'est pas allé beaucoup plus loin. Il n'a jamais été question de viol ou de quelque chose de ce genre, je n'ai jamais usé de violence physique, et tout cela est resté assez superficiel. Il ne m'a jamais vu nu, je n'ai jamais été nu, mais à part cela, je n’ai pas envie d’en dire plus."

Le terme abus sexuel peut être interprété de diverses façons et nous avons besoin de savoir de quoi nous parlons. N’y a t-il jamais eu pénétration?

"Non, je n'ai jamais été nu, donc cela n’aurait pas été possible."

Pas d'orgasme non plus?

"Non, jamais."

Combien de fois cela s'est il passé, à quelle fréquence aviez-vous eu ce contact physique sexuel avec votre neveu?

"Quand j'étais là-bas ou lui chez nous, donc quelques fois par an, pour les jours fériés. Il y avait toujours de la compagnie, mais il y avait toujours bien un moment où nous nous retrouvions seuls, et peu à peu, c’est devenu une habitude. Je dois dire que je ne me comprends pas bien moi-même. Je ne comprends pas comment j’ai pu faire de telles choses pendant tout ce temps".

Il n’y avait pas une voix qui vous disait: "Non, je ne peux pas"?

"Bien sûr, je savais que ce n'était pas bien. Je l’ai d’ailleurs souvent avoué à mon confesseur. Selon moi, cela n'avait rien à voir avec la vraie sexualité. Je me suis beaucoup occupé d'enfants dans les plaines de jeux. Je n'ai jamais ressenti la moindre attirance pour un enfant. Même jusqu’à ce jour. Mais de ma part, c’était un peu d'intimité avec lui, qui avait lieu chaque fois que nous nous voyions. Et dont nous disions ensuite: ce n’est pas possible, on ne peut pas".

Vous dites: pas de sexe, mais il avait quand même attouchement des organes génitaux?

"C'est vrai. Mais je veux dire ce n'était pas du sexe brutal. De l’intimité sexuelle, si vous voulez."

Comment cela est-il arrivé au grand jour?

"À un certain moment, mon neveu m’a dit de façon assez décidée qu'il ne voulait plus. Quand il me l’a dit, cela s’est effectivement arrêté. Et ce n'est que quelques années plus tard qu’il a commencé à en parler. D’abord à ses parents, et peu de temps après, mes frères et sœurs le savaient aussi. Nous en avons souvent parlé ensemble, pour savoir comment on allait continuer. Et avec mon neveu également, j’en ai parlé."

Quelle fut la réaction du père de votre neveu, de votre frère donc?

"Eh bien, il a évidemment été très surpris et bouleversé de savoir que cela se soit produit. Il était étonné de ne pas s’en être douté. Cela se passait toujours en société. Il a dit que c’était très grave, mais après un certain temps, il a également dit que nous devions être capables d’apprendre à vivre avec. Et il a appris à vivre avec."

A cette époque, il n’était pas question d’amener l’affaire sur la place publique?

"Au contraire. Le souhait général de la famille était que cela ne devienne pas public. Aujourd'hui, et cela me cause une douleur incroyable, il y a des tensions dans la famille qui sont dues au fait que cela ait été rendu public. Parce qu'ils en subissent les conséquences et parce qu'ils avaient espéré et pensé: Bon, c'est arrivé, nous en avons discuté ensemble, nous allons tenter de vivre avec et c’est quelque chose qui doit rester entre nous. "

Avez-vous jamais versé de l'argent à votre neveu pour qu’il ne parle pas de cette affaire en public?

"Non. De temps à autre, il me demandait un peu d'argent et parfois une grosse somme. "

De quel montant?

"Oh, en tout cas quelques fois un million de francs belges." (25.000 €)

Au total ? Ou en plusieurs fois?

" En plusieurs fois."

Et n’était-ce pas une façon d’acheter son silence?

"Non, il me disait qu’il avait beaucoup de frais. Il était invalide depuis un moment. Il souffrait du dos parce qu'il avait conduit des engins lourds. Il était sans emploi. Il me disait qu’il n’avait pas la vie facile. Il désirait acheter un terrain et ce genre de choses. Je l’ai aidé un peu, parce que je me disais : je lui ai fait du tort, maintenant je vais l’aider dans la mesure de mes possibilités, afin de pouvoir mieux vivre. Je lui ai dit à plusieurs reprises : je ne te force pas à garder le silence. Si tu penses que cela doit être rendu public, alors tu dois le faire.

Il y aurait également eu l'abus d'un autre neveu. Qu'en est-il?

"Au début, lorsque cet autre petit neveu dormait avec moi, cela s’est également passé un peu. Mais cela s'est arrêté assez rapidement. "

Qu'entendez-vous par "assez rapidement"?

"Quelques fois, à quelques reprises. Pas pendant des années."

Et puis il y a encore ...

"Ça ce n'est rien, rien, rien. Vous ne devez pas continuer, il ne s’est rien passé d’autre."

Cette nièce qui aurait été abusée, ce n'est pas vrai?

" Je ne comprends pas comment on ose dire ce genre de choses. Où vont-ils chercher ça. Les journalistes … Ils ont même parlé de quelqu'un qui est décédé. Qu’on laisse les morts en paix ... Ils ne peuvent plus répondre. Tout cela m’a fait très mal. "

Le frère aîné de votre neveu a eu un accident de moto, ce qui pourrait peut-être être interprété comme un suicide.

"Pas du tout. Le médecin a dit que ce n'était certainement pas un suicide. On peut dire n'importe quoi à propos des morts lorsqu’on veut faire du tort à quelqu’un. "

La revue P-magazine publie que vous auriez envoyé une carte postale à un pédophile libéré. Quelqu'un qui avait fait trente ans de prison. Vous l'avez félicité pour sa libération.

"Eh bien, il y a assez bien de prisonniers avec qui j'ai été en contact. Chaque année, j’allais à la prison de Bruges, au moment de Noël, Nouvel An ... Plusieurs prisonniers me téléphonaient ou m’écrivaient. Je leur répondais afin de les encourager. Je n'ai jamais demandé pourquoi ils étaient en prison, et je ne sais donc pas pourquoi cet homme était en prison. Finalement, il a été libéré et je lui ai écrit une carte. Et cet homme était fier de pouvoir dire qu'il avait reçu le soutien de l'évêque. Je trouve qu’il est pénible qu’on abuse des gens pour présenter les choses d’une façon tronquée."

Comment avez-vous pu concilier votre fonction de modèle en tant que prêtre et évêque avec vos abus?

"Tout d'abord et avant tout, je dois dire que personne n’est digne d’assumer de telles fonctions. Aucun homme n'est sans péché. Et beaucoup l’ont écrit : que celui qui n’a jamais péché, jette la première pierre. Le plus dur pour moi était que je n’ai jamais pu discerner mes autres défauts - comme mon orgueil, ma jalousie, ma complaisance – parce que c’était toujours cela qui revenait. J'ai essayé d'apprendre à vivre avec. Tout cela s'est passé alors que j’étais déjà prêtre. Je ne voyais pas comment j’aurais pu gérer les choses différemment. Sur le coup, cela me gênait. Je dois dire également que je ne me rendais pas compte que c’était si grave. J'ai été étonné que cela ait eu un tel impact sur mon neveu. C’est pour cela que par après, je me suis beaucoup soucié des autres victimes. Je savais que cela pouvait avoir de très graves conséquences et je pouvais comprendre que les victimes soient révoltées. Je sais maintenant que tout cela a un impact très profond, alors qu’avant, je pensais qu’il s’agissait de choses relativement superficielles. "

Après votre démission, vous avez eu un entretien avec Mgr Leonard dont ce dernier a dit : "Roger Vangheluwe ne se rend pas assez compte de la gravité de l'affaire" C’était le cas?

"Comment peut-il savoir à quel point je m’en rendais compte? Je n’en sais rien. Je lui ai parlé au téléphone quand j’ai donné ma démission. "

Trouvez-vous le battage médiatique qui a suivi votre démission excessif, ou trouvez-vous qu’il est normal que la société réagisse ainsi?

"Disons que ce battage était déjà en cours avant que je ne donne ma démission. La Commission Adriaenssens existait depuis longtemps. A cette époque, M. Danneels m'a dit: Vous ferez office de symbole, ce serait bien si vous pouviez faire vous-même un communiqué dans lequel vous annoncez votre démission. Et c’est ce que j’ai fait. J’ai l'impression que depuis ce moment, tout a été relié à moi. Je pense que ma situation a fait en sorte que certaines personnes ont été moins réticentes pour venir témoigner, et c’est peut-être une conséquence positive de ce que j'ai fait. "

Beaucoup de gens pensent que vous devriez demander de quitter les ordres.

"Je reste prêtre pour le restant de ma vie, sauf si je fais moi-même la demande de devenir laïque. Cela, on ne peut pas me l’enlever. "

Mais vous ne voulez donc pas faire cette demande vous-même?

"C'est une question qui a été posée à plusieurs reprises, et à laquelle j’ai beaucoup réfléchi. Pour l’instant, ce n’est pas à l’ordre du jour. Il y a tellement longtemps que j'ai fait ma promesse du sacerdoce. Je veux continuer à le faire. Si on me dit que je ne peux plus exercer de ministère, j’obéirai, mais je n’irai pas dire spontanément: je vais rompre ma promesse et je m'en vais".

Début avril 2010, le Cardinal Danneels a été informé de l'abus prolongé de votre neveu. Le Cardinal Danneels savait-il déjà avant avril 2010 que votre nom était cité dans un dossier de maltraitance d'enfants, comme l’affirme Rik Devillé?

"Pas que je sache. En tout cas, il n’y a jamais eu de conversation entre le cardinal Danneels et moi à ce sujet. J'ai eu l'impression qu’il a été très surpris lorsque je le lui ai dit. Je pense qu'il ne le savait vraiment pas."

Pourtant, Devillé continue d’affirmer que Danneels était au courant.

"Ce qui est surprenant, c'est qu'il ne donne jamais de preuve, et que personne ne l'oblige à donner cette preuve. Cela m’étonne quand même."

Le Cardinal Danneels n'était pas au courant?

"Pas que je sache."

Avez-vous encore des amis?

"Enormément. J'ai reçu des centaines de lettres. Et cela continue. Beaucoup de lettres et de courriels. Je dois dire que parmi tous ces messages, il y en avait cinq ou six qui étaient négatifs, et deux messages anonymes étaient pornographiques. Mais tout le reste était différent: d'une part, c’est regrettable, d'autre part, il y a le pardon au sein de l'Eglise et nous continuons à vous encourager, nous continuons de prier pour vous, nous espérons que vous tiendrez bon".

Comment voyez-vous l'avenir? Vous séjournez actuellement en France. Nous avons convenu de ne pas divulguer l’endroit exact où vous trouvez. Tôt ou tard, il y aura un journaliste qui vous retrouvera et vous devrez à la recherche d’un autre logement.

"Au cours des mois à venir, je ferai ce qu'on m'a demandé et je vais donc me retirer durant plusieurs mois. Je n’accorderai plus d’interviews aux médias. J'espère qu'à l'avenir, la réconciliation et la compréhension pourront à nouveau se développer au sein de notre famille peuvent. Pour la famille, tout cela est très pénible, et ma famille m’a toujours été très chère. "

En ce moment, vous vivez en désaccord avec votre famille?

"Non, mais nous avons des difficultés à parler les uns avec les autres. Et c’est également une grande famille. Il ya des frères et des sœurs, des nièces et des neveux et ce sont toutes des relations différentes. Mais jadis, nous nous rencontrions régulièrement, toute la bande, et maintenant je ne crois pas que cela soit encore possible. J'espère qu'à l'avenir, on pourra de nouveau le faire. "

L'Eglise ne voulait pas que vous fassiez cette interview. Ne craignez-vous pas que l'Église vous laisse tomber maintenant que vous la faites quand même?

"Les gens de l'Église savent ce que je suis en train de faire. Ils me disent : vous êtes un homme libre, si vous estimez que c’est ce que vous avez à faire, vous devez en assumer la responsabilité. "

Je suppose que vous n'allez pas aller vivre à Bruges ou à Bruxelles?

"Ce ne serait pas raisonnable de ma part. Je dois dire que j'ai reçu pas mal de propositions, y compris en Belgique, de gens qui m’invitent à venir chez eux, des communautés monastiques, mais aussi des particuliers. Des gens que je connais, mais aussi des gens que je ne connais pas du tout. Il ya beaucoup de gens qui disent que j’ai été traité de façon injuste, et qu'il existe d'autres manières de faire face à ce genre de situation. "

Récemment, une peine a été prononcée contre vous, une peine provisoire, vous deviez quitter le pays et rechercher un accompagnement psychologique et spirituel. Que pensez-vous de cette peine?

" Je ne sais pas si cela doit être une peine. C'est une occasion qui m'a été offerte pour m’aider à mieux comprendre ce que j'ai fait. "

En quoi consiste le traitement spirituel?

"C'est personnel et je préfère garder cela pour moi."

Et le traitement psychologique, cela fonctionne comment?

"Eh bien, un psychiatre a été désigné. J'ai donc rendez-vous avec lui et il est prévu que j’aie régulièrement des conversations avec lui."

Vous pensez que c’est positif?

" Je ne le sais pas encore, mais j’ai une attitude assez neutre vis-à-vis de cela. C’est comme un tribunal civil qui désigne un psychiatre pour apprendre à mieux connaître quelqu'un. "

Pensez-vous que vous avez besoin d'un traitement psychiatrique?

"Je trouve ça un peu étrange. Cela fait 25 ans que tout cela a cessé, et j’ai du vivre avec cela pendant 25 ans. J'ai démissionné il y a un an, et maintenant j'aurais besoin d’un traitement. "

Vous auriez peut-être du recevoir ce traitement il y a 25 ans?

"Je ne vais pas vous dire tout ce que j’ai reçu dans le passé, mais je pense que j'ai assez bien fonctionné pendant 25 ans."

Vous êtes un théologien, un mathématicien, un homme très intelligent, ce qui ne vous a pas empêché de faire de mauvais choix. Apparemment, c'est la nature de l'homme qui fait que nous avons parfois un tel besoin d’affection que certains d'entre nous en arrivent même à abuser d’enfants? Croyez-vous que cela ait quelque chose à voir avec le célibat?

"Je ne vous suis pas très bien dans votre raisonnement. Je n'ai pas du tout l'impression d’être un pédophile. Mes rêves ne sont pas de cet ordre là, ou quoi que ce soit. "

Donc cela n’aurait fait aucune différence si vous aviez eu un partenaire amoureux adulte, une femme ou un homme? Cet abus aurait quand même eu lieu?

"Je pense que cela n'a rien à voir. Je n'étais pas à la recherche d'affection, je ne cherchais pas une relation amoureuse non plus, mais à cette époque, ce n’était en fait pas si rare dans certains milieux. Cela n’allait pas loin, c’était une sorte de mini-relation, et j'avais l'impression que mon neveu ne l’appréhendait pas du tout. Au contraire. "

Le célibat en soi, vous trouvez que c’est une bonne chose?

"En général, je pense que l'obligation du célibat devrait être assouplie. D'après mon expérience, il ya beaucoup de prêtres qui sont heureux dans le célibat, mais il y en a qui n’ont pas pu s’épanouir à cause de cela, il ne faut pas s’en cacher. Ils ne sont pas nombreux. Mais il y a aussi des prêtres qui boivent, qui ne savent pas gérer l'argent, qui sont autoritaires ... Mais il ya aussi des gens mariés qui n’arrivent pas à gérer leur vie. Ne l'oublions pas. "

Récemment, le procureur Jean-Marie Berkvens a dit qu'il allait bientôt clôturer l'enquête parce que tous les faits sont prescrits. Pouvez-vous comprendre que beaucoup de gens pensent que vous l’échappez belle?

"Permettez-moi d’abord de vous dire qu’il n’y a aucune plainte contre moi. Je n’ai fait que dire ce que j’avais fait, après quoi on m’a demandé de donner des explications complémentaires. Ensuite, les médias ont lancé des choses, et alors le procureur a estimé devoir mener une enquête. Il m'a entendu comme témoin et en est arrivé à la conclusion qu’il n’y a pas de faits pour lesquels il pourrait me sanctionner. "

Mais vous avez vous-même admis l'abus de vos neveux, et les faits sont prescrits. Récemment, la commission parlementaire sur les abus sexuels proposait d'allonger le délai de prescription de dix à quinze ans, mais même dans ce cas, vous restez hors d’atteinte. Je pense que beaucoup de gens pensent : ils vont s’en sortir, ils ne seront pas punis.

"Pourquoi faire une distinction entre les prêtres et les laïcs? Cela arrive beaucoup plus souvent dans les milieux sportifs, dans le milieu médical et là, on fait beaucoup moins d’enquêtes. Pourquoi les règles devraient-elles être beaucoup plus strictes pour les prêtres que pour d'autres professions importantes?

Vous trouvez que les prêtres sont visés?

"Je ne comprends pas pourquoi on s’attaque plus aux prêtres qu’aux médecins ou directeurs sportifs."

Une autre recommandation de la commission était la création d’une commission d’arbitrage, devant laquelle vous seriez appelé à venir témoigner. Vous le feriez?

"Pourquoi devrais-je me présenter à cette commission d’arbitrage à l'arbitrage? Je n'en ai pas entendu parler. On m’a parlé d’une commission dans le cadre des dédommagements ou de quelque chose de ce genre. "

Mais si cette commission vous convoquait pour témoigner, iriez-vous?

"J'ai toujours répondu à tous ceux qui me le demandent."

Il ya encore une enquête contre vous à Bruxelles. Il s’agit d’autres prêtres pédophiles que vous auriez protégés. Vous avez déjà fait cela?

"On m’a effectivement interrogé à ce sujet à Bruxelles, tout comme d'autres évêques, je ne vois aucune différence. Je ne pense pas avoir été plus clément que d'autres évêques, au contraire.

Mais avez-vous déjà protégé des prêtres dont vous saviez qu’ils avaient abusé d’enfants?

"Non"

Vous ne l’avez jamais fait?

"Non. Soit j'ai parlé avec les parents qui disaient qu’ils ne voulaient pas d’enquête, soit il y a eu enquête. "

Quel est votre message aux croyants qui ont perdu la foi en l'Eglise, un peu à cause de vous?

"Il n'y a eu aucune étude qui confirme ce que vous dites, à savoir que les gens sont devenus moins croyants à cause de cela. J'entends dire que le nombre de fidèles n'a pas diminué, et qu’il a même augmenté. "

Vous doutez du fait que ce qui s'est passé a profondément marqué de nombreuses personnes?

"Non, je sais que beaucoup de gens ont été touchés, mais cela n'a pas ébranlé les fondements de leur foi."

Quel est alors votre message aux fidèles?

"Qu’ils doivent savoir que Dieu est toujours là et qu’ils doivent apprendre à vivre ces faits au sein de l’Eglise, que ce n’est pas une Eglise des saints. Et que, pour leur part, ils doivent essayer de vivre au mieux avec Dieu au sein de la communauté religieuse, et lui demander qu'il les soutienne. Je pense que beaucoup de croyants se trouvent ainsi renforcés dans leur foi, et qu’ils prient davantage. "

Beaucoup de gens disent qu'ils se sentent abandonnés par l'Eglise.

"Voyez, vous confondez constamment l'Eglise et la foi. En effet, l'Eglise a subi un gros revers, mais je ne suis pas sûr que ce soit la même chose pour la foi. L'Église en tant qu'institution, c’est surtout cela qui est remis en question, est-ce qu’elle fonctionne correctement etc. "

Acceptez-vous une part de responsabilité dans ce qui peut être considéré comme une atteinte à l'image de cette institution?

"Oui, je lui ai donné une claque énorme, et cela a effrayé les gens. L’image de l'Eglise et celle du métier de prêtre ont été malmenées par ma faute, et je tiens vraiment à m’en excuser, pour autant que je puisse le faire, et tiens à contribuer à réhabiliter ces images, dans la mesure du possible. "

Quel est votre message à vos confrères qui ont dit qu'ils avaient été déçus par vous?

"Qu’en tant que prêtre, ce n’est pas uniquement à moi qu’ils ont fait une promesse. Que je comprends très bien qu'ils aient été déçus par moi, mais qu'ils doivent essayer d’aider l’institution à surmonter tout cela. Mais il y a aussi beaucoup de prêtres qui m'ont écrit parce qu'ils se sentent soutenus par moi. Car c'est aussi quelque chose qui m'a fait très mal au début, après j'aie donné ma démission: que l’on m’ait identifié, un peu comme dans cette interview, au mauvais côté des choses. Et que plus personne n’a rien dit de bon à mon propos. Alors qu’avant, beaucoup de gens disaient que j'étais un homme bon et que j'avais toujours essayé de faire le bien. Mais, dès ce moment là, ce n’était plus possible, on ne cherchait plus qu’à m’épingler pour ce qui s’est passé il y a 25 ans. Certains ont bien écrit que j’avais fait de bonnes choses en tant qu’évêque, mais ils se sont fait taper sur les doigts. "

Pensez-vous que l'Eglise doive verser des dédommagements?

"Cela dépend d'un cas à l’autre. Il est vrai aussi que l’ordre des médecins ne va pas payer si un médecin a fait quelque chose de mal, et la fédération sportive de même lorsqu’un entraîneur sportif s’en prend à quelqu’un !"

Je voudrais revenir au début, lorsque vous avez dit que vous aviez sous-estimé l'effet que cela a eu sur la vie de votre neveu. Comment voyez-vous les choses à l’heure actuelle?

"En effet, même maintenant, quand je vois tout ce qui a été rendu public. Mais le plus surprenant, c’est que beaucoup de gens disent que cela ne leur pose ou presque pas de problèmes. C'est une bonne question pour les psychologues : comment se fait-il que certaines personnes aient été marquées profondément, et que d’autres pas ou presque pas.".

Qu'est-ce que cette année a fait de vous? Que reste-t-il de l'homme Roger Vangheluwe?

"A mon grand étonnement et ma grande gratitude, je suis encore en vie."

Vous avez pensé mettre un terme à vos jours?

"C'est exact. Et pas seulement au cours de l'année écoulée, au cours des années précédentes aussi, je crois que cela arrive à tout le monde parfois. Ce serait plus facile si je n'étais plus là. Mais ce serait un acte de lâcheté, dans un certain sens, une fuite. Cela n’aurait fait que de renforcer le sentiment d’abandon chez les gens. Il ya encore des gens qui m'écrivent, qui me demandent conseil, qui ont besoin de moi. "

Y a t-il encore des choses que vous voulez dire? Comment doit-on se souvenir de Roger Vangheluwe?

"Je n'ai pas à donner d'opinion sur moi-même. Je suppose qu’après cette interview, certaines personnes seront encore plus en colère sur moi. Et j'espère que d’autres personnes seront confortées dans leur opinion. Mais je pensais qu’il fallait que je m’exprime, parce que les gens ont droit à la vérité. "

Un collègue, Louis van Dievel, a écrit un livre, "Ik noem Roger", au sujet d'un évêque qui vit ce que vous avez vécu.

"Il ne s'agit pas de moi. Je ne m’y reconnais pas du tout. Mais cela fait mal. Savez-vous ce qui m'a fait mal le de plus? J'ai vu un t-shirt avec le texte sacré: Prenez et mangez, ceci est mon corps affiché sur un cache-sexe. Je pensais que de telles choses étaient impossibles dans notre pays et qu’on ne pouvait ainsi ridiculiser la religion. Ce n'est pas de moi, mais bien de la religion qu’on se moque. Je ne crois pas qu’on oserait faire cela avec n’importe quelle autre religion. Je ne comprends pas ce qui se passe en ce moment dans l'esprit de certaines personnes dans notre société. "

Comment passez-vous vos journées?

"Je prie beaucoup. Chaque jour, je passe des heures à la chapelle. "

Pour qui priez-vous?

"Je prie pour tout le monde, pour les victimes et pour les auteurs. Mais très souvent, je suis près du Seigneur, pour qu’il ait pitié de moi. Pour le reste, je lis beaucoup, je me détends. Il y a des jours que je passe raisonnablement bien, et il y a des jours où cela ne va pas, où je n’arrive pas à me concentrer. "

Vous voulez resserrer les liens avec votre famille. Comment allez-vous faire?

"Cela, je préfère le garder pour ma famille. Mais j'espère que nous pourrons un jour nous réunir à nouveau, même si ce ne sera plus jamais comme avant. "

Est-ce que vos frères vous ont pardonné?

"Oui, c’est-ce qu’ils m’ont dit."

Et votre neveu?

"Je ne sais pas, en tout cas je lui ai souvent demandé pardon. Parfois il me disait qu’il me pardonnait, mais je ne sais pas ... Je ne l’ai plus vu depuis un an, je ne sais pas comment il va aujourd’hui. C’est tout ce que je voulais dire à ce sujet. "

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF2...

11:21 Écrit par J.D. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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