06/05/2011

L'heure des comptes

L’émission récente passée à la RTBF, "Coupables d’indulgences", nous apprend que l’Eglise aurait pris conscience de l’ampleur du problème de la pédophilie de ses prêtres seulement en 2010. Il est vrai que le pape Benoît XVI a manifesté au cours de l’année dernière son accablement devant tous ces faits scandaleux. Il ne faut cependant pas être dupe de cette consternation très tardive. Il y a plus de dix ans, voire plus de vingt, que toute personne quelque peu informée savait que le Vatican était assis sur un baril de poudre et tentait en vain d’éteindre la mèche. La hiérarchie catholique restait sourde à tous les cris et espérait encore arriver à étouffer ou à minimiser le phénomène. Dans mon livre, paru en 2000, j’y annonçais que la seule mesure efficace consiste à dénoncer, à la justice civile de chacun des pays, les clercs fautifs d’actes de pédophilie. Il a fallu près d’une dizaine d’années encore pour assister enfin à un revirement, hélas contraint et forcé par les médias. Les évêques se cachaient derrière la lettre honteuse de septembre 2001 du cardinal Castrillon Hoyos, alors préfet de la Congrégation pour le clergé, serviteur zélé du cardinal Ratzinger, qui diffusait un message à tous les diocèses du monde dans lequel il félicitait l’évêque français de Bayeux-Lisieux de ne pas avoir dénoncé à la justice de son pays un prêtre pédophile, et ce "pour encourager les frères de l’épiscopat dans ce domaine si délicat". Ce prêtre pédophile avait été condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle. Et un an plus tard, l’évêque français Mgr Pican a été condamné à trois mois de prison avec sursis pour non dénonciation aux autorités des actes répréhensibles commis par ce prêtre. La vraie politique du Vatican était bien, dans ce domaine, de tout cacher et de ne pas dénoncer un clerc pédophile. Que de temps perdu. Le problème en Belgique sera de détecter la manière dont les affaires ont été étouffées. En Irlande, le second rapport, celui de Mme Murphy, paru fin novembre 2009, a expliqué comment, dans l’archidiocèse de Dublin, la hiérarchie catholique a systématiquement étouffé ces abus. Six évêques ou évêques-auxiliaires mis en cause ont présenté leur démission. La même démarche devrait être entreprise en Belgique. Ensuite viendront les indemnisations. Au Canada, des centaines de cas de pédophilie ont été révélés. En 2002, l'Eglise catholique et l'Etat canadien ont versé soixante millions d'euros aux victimes en guise de dédommagement. Récemment, six victimes ont perçu chacune l’équivalent de 200 000 euros. Aux Etats-Unis, chaque victime aurait touché une somme de l’ordre de 160 000 euros. En Irlande, l’Eglise catholique devrait payer près de la moitié des dédommagements (évalués à 1,3 milliards €) aux douze mille victimes de sévices sexuels pédophiles commis par des prêtres. La moyenne à charge de l’Eglise et de l’Etat serait d’environ 100 000 euros par victime. Dix-huit congrégations religieuses seront mises à contribution. En Allemagne, les indemnités n’ont pas encore été évaluées. Une association réclamerait 80 000 euros par cas, alors que l’Eglise annoncerait 5 à 10 000 euros par victime. En Belgique, on parle de quatre cents victimes. Si l’on prenait la moyenne évoquée en Irlande, pourrait-on atteindre la quarantaine de millions d’euros? Personne n’ose citer de pareils chiffres. L’Eglise belge espère-t-elle s’en tirer à moindre coût et limiter les frais à une dizaine de millions d’euros? C’est fort probable. A titre de comparaison, les traitements et les pensions des ministres du culte catholique sont annuellement de l’ordre de 110 millions d’euros. Devant des vies brisées, les responsables hiérarchiques catholiques peuvent-ils se contenter de s’engager à participer uniquement aux frais de thérapie des victimes? N’y va-t-il pas d’une certaine décence?

Raphaël JACQUERYE

Auteur de “Tempête au Vatican

http://www.lalibre.be/debats/opinions/article/652879/l-he...

11:26 Écrit par J.D. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.