15/10/2010

Témoignages de victimes de prêtres pédophiles belges.

La commission Adriaenssens a rendu public depuis ce vendredi 10h lors d'une conférence de presse son rapport d'activité dans lequel sont répertoriés plusieurs témoignages de victimes d'abus sexuels.

Peter Adriaenssens, président de la commission.
Peter Adriaenssens, président de la commission.

Le rapport, intitulé "Commission pour le traitement des plaintes pour abus sexuels dans une relation pastorale" et disponible en ligne, se compose outre de données chiffrées et de l'avis rendu par la commission, de témoignages très attendus de plusieurs victimes pour des faits s'étalant des années 50 jusqu'à la fin des années 80. Morceaux choisis.

"Un grand ami de la famille"
"J'avais 17 ans quand la relation abusive a commencé", écrit une des victimes, exilée depuis aux USA. "Depuis l'annonce de la démission de l'évêque de Bruges (Roger Vangheluwe NDLR), je vis de nouveau dans l'angoisse et la peur. Et pourtant je suis loin", fait part ce témoin dans une lettre. "Quand je lui ai parlé de mon désir de vie religieuse, il est devenu mon confident. J'ai fait confiance et je n'ai rien vu venir. (...) Il m'a dit que je devais apprendre la tendresse humaine, qu'il était préférable de l'apprendre en douceur avec lui. Parfois je me laissais faire, parfois pas. Alors il se fâchait, il buvait ou il me disait qu'il pouvait aller à xxxx dans les quartiers. (...) Quand je ne passais pas chez lui le soir, il téléphonait a mes parents, leur donnait une raison pour que j'y aille, il était un grand ami de la famille. Des caresses, il est passe à l'acte sexuel un 30 juin", écrit la victime.

"Cessez de le regarder, il vous laissera tranquille"
"Je me suis ouverte à xxxx qui m'a conseillé de parler a l'évêque, Mgr xxxx. Le lendemain, je suis allée le trouver sur l'esplanade. Je lui ai demandé à lui parler dans le sacrement de réconciliation, je lui ai dit : J'ai un problème avec un de vos prêtres.  Il a répondu: Cessez de le regarder, il vous laissera tranquille.  Je n'ai pas eu l'occasion de lui expliquer mon problème, il m'a fait signe de m'éloigner", regrette amèrement cette victime qui raconte avoir énormément souffert de ces abus, jusqu'à avoir tenté de se suicider.

En tout, sept témoignages effroyables sont retranscrits dans le rapport. Mais ce n'est pas tout. Sur base des statistiques établies par la commission on y apprend également que celle-ci a réceptionné les plaintes de pas moins de 488 victimes - 327 masculines et 161 féminines.  En outre, toujours selon le rapport, l'abus sexuel a pour la plupart des victimes commencé à l'âge de 12 ans  mais, ajoute-t-elle, "une victime avait 2 ans, cinq avaient 4 ans, huit 5 ans, sept 6 ans, dix 7 ans".

Excuses
En outre, le président démissionnaire de la Commission, Peter Adriaenssens, a présenté ses excuses vendredi aux victimes qui se sont adressées à la Commission, en raison de l'accord conclu avec cette dernière et la Justice.

La Commission pensait que cet accord était suffisant pour obtenir l'approbation de l'opinion publique et la Justice. "La Commission a sous-estimé le manque de confiance entre la Justice, l'opinion publique et l'Eglise", a relevé le professeur Peter Adriaenssens.

Ce n'est qu'après la "séquestration des dossiers" (lors des perquisitions au siège de la Commission), que la Commission a réalisé qu'il n'était pas souhaitable qu'elle contrôle le respect de cet accord. M. Adriaenssens estime aujourd'hui qu'il est préférable d'attribuer ce rôle à un observateur de la magistrature, qui devrait déterminer si la Commission n'empiète pas sur le travail du juge d'instruction.

Lors de la saisie des dossiers, la Commission n'a pas cherché à se défendre, a précisé son ancien président.

La Commission espérait que le juge d'instruction constate que l'accord était scrupuleusement respecté et que la Commission travaillait de manière éthique. Le rapport de la Commission, diffusé vendredi sur internet, sera transmis au Conseil supérieur de la Justice.

Initiative de l'Eglise attendue
M. Adriaenssens estime que c'est maintenant à l'Eglise à présenter sa nouvelle initiative visant à remplacer la Commission dont les membres ont démissionné début juillet. Il faut tirer des leçons du travail de la Commission et respecter la volonté des plaignants, a-t-il ajouté. (belga/vt)

Le site internet de la Commission: http://www.commissionabus.be.

15:35 Écrit par J.D. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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