15/10/2010

La justice belge choque l’Église

Pédophilie

Face aux perquisitions spectaculaires menées dans l’Église catholique, le Vatican s’indigne, le ministère de la Justice temporise. Mais que s’est-il passé ?

La justice belge choque l’Église

 

Il est 10 h 30, jeudi 24 juin. Devant l’archevêché de Malines, siège de l’Église de Belgique, les voitures de police débarquent en nombre, sous le regard avide des caméras de télévision du pays. Sur la base de plaintes pour abus sexuels sur mineurs, un juge d’instruction mène l’enquête. Au total, 11 bâtiments d’Église sont perquisitionnés. Une opération d’envergure, qui secoue symboliquement toute l’Église.

Au domicile de l’ancien primat Mgr Danneels, les enquêteurs saisissent l’ordinateur du prélat. À la commission Adriaenssens, chargée de récolter et trier les plaintes pour abus sexuels sur mineurs, 475 dossiers sont emportés. À la cathédrale de Malines, le scénario prend des allures de roman ésotérico-policier : une équipe de la police scientifique s’engouffre dans la crypte, armée de matériel vidéo, d’un pied-de-biche et d’un marteau-piqueur, pour forer la tombe d’un cardinal récemment restaurée et y introduire une caméra à la recherche de documents éventuellement dissimulés.

"Digne du Da Vinci Code", ironise Mgr Léonard, l’archevêque de Bruxelles-Malines. Ce n’est pas tout : à l’archevêché, des fichiers informatiques et des ordinateurs sont saisis et neuf évêques, présents sur les lieux pour leur réunion mensuelle de la Conférence épiscopale, sont priés de rester sur place la journée. Abus de pouvoir de la part de la justice désireuse de faire un coup médiatique ou enquête en bonne et due forme sur un dossier gravissime que l’institution catholique peine à reconnaître ?

Illico, l’Église s’indigne de cette vague spectaculaire de perquisitions, qu’elle perçoit comme une attaque contre l’institution. À Rome, le secrétaire d’État du Vatican, Tarcisio Bertone, fustige la justice, estimant qu’il n’y a "pas de précédent, même dans les vieux régimes communistes". L’homme parle de "séquestration grave et invraisemblable" des évêques présents à l’archi­épiscopat, annonçant qu’ils étaient "restés neuf heures sans boire ni manger". Une information démentie par le ministère de la Justice qui va jusqu’à donner le menu des cardinaux : du poulet, des tomates et du vin.

Loin des excès romains, le primat de l’Église belge, Mgr Léonard, reconnaît le travail de la justice mais s’interroge sur les méthodes employées. Sur les ondes de Radio Vatican, il indique que "tous les évêques ont été interrogés par les enquêteurs, ce qui a donné l’impression au pays que tout le monde était suspect. On a terni l’image globale de l’Église de Belgique."

Que penser de la légitimité des méthodes employées ? Pour Pierre Chomé, professeur en droit pénal à l’Université libre de Bruxelles, "le symbole a été très fort. Car en Belgique l’Église a toujours bénéficié d’une immunité tacite." Mais, concernant les méthodes, rien ne lui semble anormal. "Quand une plainte aussi grave que celle d’abus sexuel sur mineur est déposée, le juge d’instruction mène son enquête de façon indépendante. Depuis l’affaire Dutroux, les enquêteurs veillent à explorer toutes les pistes d’un dossier. La tombe forée a choqué l’Église, mais si l’enquête débouchait sur un jugement et que l’on s’apercevait qu’une piste avait été ignorée, la justice serait la première condamnée."

Et comment juger les perquisitions de la commission Adriaenssens ? Créée en 2000 après l’affaire Dutroux par l’Église belge, cette structure avait signé une convention avec le ministère de la Justice, permettant à deux magistrats de faire la liaison entre Église et justice. Après cette affaire, tous ses membres ont claqué la porte, estimant que "la base de son fonctionnement n’existait plus, à savoir : l’indispensable confiance entre la justice et la commission". Pour Pierre Chomé, "il s’agissait d’un accord politique. Or, le juge d’instruction travaille sans être lié à ce type d’accord. S’il estimait devoir récupérer des dossiers, il l’a fait."

Au sein de l’Église, des voix s’étaient élevées pour qu’une commission plus indépendante soit mise sur pied. En avril, l’Église belge avait déjà été violemment secouée par la démission de l’évêque de Bruges, forcé de reconnaître qu’il avait abusé d’un mineur. Mgr Léonard avait alors prôné la tolérance zéro.

http://www.lavie.fr/hebdo/2010/3383/la-justice-belge-choq...

 

15:47 Écrit par J.D. | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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