Il y a un an, Georges Huercano diffusait dans Indices, le magazine d'enquête de RTL TVI, un reportage consacré à Joël Devillet. Ce jeune homme, originaire d'Aubange a été abusé entre 1987 et 1991 par le prêtre de la paroisse. L'an dernier, il se battait toujours pour que justice lui soit rendue. Du moins au civil. Car au pénal les faits avaient été jugés prescrits par le tribunal correctionnel d'Arlon en 2004. Au tribunal civil, à Namur, il s'attaquait à Monseigneur Léonard, alors évêque de Namur. Il estimait que celui-ci n'avait pas tenu tous ses engagements envers lui. Car lorsqu'il est entré au séminaire de Namur en 1994, on avait invité Joël à suivre une thérapie. Puis on lui avait promis de prendre en charge le coût de celle-ci, en échange de son silence.

« Cela n'a jamais été fait, affirmait Joël Devillet l'an dernier, au moment où il publiait un livre sur son calvaire (Violé par un prêtre ) aux Éditions de l'Arbre. J'ai ensuite été viré du séminaire. » Pour quel(s) motif(s) ? Joël présentait un mauvais profil psychologique, selon les responsables du séminaire. Suite à une intervention de l'évêque, estimait Joël. C'est pour cela qu'il avait porté plainte. S'il avait été débouté concernant le dommage matériel consécutif à la perte de trois années académiques (le tribunal estimait que Joël n'apportait pas assez de preuves), il espérait obtenir gain de cause en matière de préjudice moral et psychologique.

Un an après, donc, Georges Huercano revient sur le sujet. Il l'a actualisé, car depuis sa diffusion, beaucoup de choses se sont passées. Des révélations en matière de pédophilie au sein de l'église catholique de Belgique ont été révélées à la presse. Et Monseigneur Léonard, devenu entre-temps primat de Belgique, a évoqué à cette occasion la grande souffrance de l'Église et sa solidarité envers les victimes. Et dans une interview accordée à L'Osservatore Romano, le 6 mai, le haut prélat a aussi rappelé aux victimes l'importance d'aller porter plainte...

http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=8877...

 

 

« Indices » passe à l’heure d’été

Georges Huercano et Dominique Demoulin, les piliers, non de la justice, mais du magazine « Indices », retravaillent les sujets traités durant ces deux dernières années © RTL-TVI

ENTRETIEN

Durant l’été, RTL-TVI programme une version reliftée, raccourcie mais hebdomadaire, de son magazine d’enquêtes. Ce soir, retour sur l’affaire Joël Devillet, abusé par son vicaire, prémices du scandale de la pédophilie au sein de l’Eglise catholique. Georges Huercano nous parle de cette mouture estivale.

 

Simples rediffusions ou nouvelles émissions ?

Les sujets ont été un peu remontés et surtout réactualisés. Ayant été diffusés il y a 18 mois ou deux ans, forcément, ils ont évolué. On était alors peut-être entre une décision et un appel, l’avis des témoins aussi a peut-être changé entre-temps… Le meilleur exemple, c’est le sujet de ce soir, l’affaire Joël Devillet. Tellement de choses ont bougé, il y a eu les scandales en Belgique, en Irlande, au Brésil, toutes les victimes se sont mises à parler ! Même l’un des acteurs principaux, Mgr Léonard, a changé de statut.

 

La première de cette série, consacrée à Geneviève Lhermitte, a fait une belle audience.

Oui, 26.5 de part de marché. C’était un très bon sondage pour un sujet déjà passé. Surtout avec la concurrence du foot ! Mais c’est la force de ce genre de séquences qui reviennent souvent dans l’actualité. On en reparle régulièrement en une ou deux minutes au JT, les journaux font un papier de temps en temps… Nous, on offre une synthèse. En une demi-heure, on fait le point.

 

Comment expliquez-vous le succès d’« Indices » ?

C’est du cinéma. Les films, pour la plupart, sont tirés d’histoires vraies, de faits divers ou de bouquins. Nous, c’est pareil, on colle au maximum à la vie des gens. La réalité dépasse toujours l’entendement. Les gens ont des comportements qu’on ne peut pas imaginer. Nous n’avons pas les moyens d’engager des acteurs ou de tourner pendant six mois, mais nous avons quelques figurants dans les scènes racontées. Cette technique des évocations est très importante. Elle permet de montrer comment ça s’est passé. Après ça, via la réalisation et les commentaires, soit on accentue le côté moche de l’histoire, soit on prend de la distance… Ce soir, par exemple, la réalisation de Frédéric Vanhees est magnifique. Il y a parfois des gestes sans équivoque, on voit le vicaire glisser sa main sur la cuisse de Joël, et parfois, tout se joue dans les regards. On vit le trouble et le désarroi de ce gamin d’une dizaine d’années, en demande d’amour, d’admiration. Mais quand le prêtre lui caresse la joue, comme un papa, nous, on sait qu’il ne s’arrêtera pas là. Le non-dit, dans « Indices », est essentiel. Ce ne sont pas nos commentaires qui vont dire comment un adulte doit se comporter. On n’est pas là pour donner des leçons.

 

Le rythme hebdomadaire pourrait perdurer après l’été ?

C’est une bonne expérience pour nous qui sommes habitués au rythme mensuel. Et puis ça fidélisera peut-être quelques téléspectateurs. Mais attention, le choix des sujets n’est pas si simple. Il faut pouvoir tenir 25 minutes. Si personne ne vous parle, si les intervenants sont en prison, qu’allez-vous montrer ? Nous ne voulons pas devenir une émission d’experts, bourrée de psys, de médecins et d’avocats.

« Indices », RTL-TVI, 19 h 45.

http://www.lesoir.be/culture/medias/2010-06-24/indices-pa...