17/04/2010

France

 

Un prêtre de Rouen mis en examen jeudi pour "agressions sexuelles sur un mineur de moins de quinze ans par personne ayant autorité", un autre du même diocèse soupçonné de "détention d'images à caractère pédopornographique", un curé de l'Aube mis en examen vendredi dernier pour "agression sexuelle et détention d'images pédopornographiques"... L'Église de France est elle aussi touchée en son sein par les scandales de pédophilie qui ébranlent le monde catholique.

Les évêques de France le savent bien. "Nous continuons d'exercer notre vigilance", assurent-ils dans une lettre adressée au pape vendredi dernier. Un courrier dans lequel l'épiscopat français exprime
sa "honte" et ses "regrets" devant ces affaires de pédophilie qui défrayent la chronique en Irlande, aux Pays-Bas, en Suisse, en Espagne, en Italie, en Autriche et en Allemagne. "Nous avons confirmé les dispositions prises par notre Conférence, il y a maintenant dix ans", précisent également les évêques, faisant référence à une déclaration de novembre 2000 , dans laquelle ils reconnaissent pour la première fois explicitement l'existence de la pédophilie dans l'Église française. "Ces actes de pédophilie, l'Église les condamne absolument", précisaient-ils alors. Allant même plus loin : "Les prêtres qui se sont rendus coupables d'actes à caractère pédophile doivent répondre de ces actes devant la justice."

Le secret de la confession en question

Une initiative inédite, qui intervient dans un contexte particulier. La fin des années 1990 est marquée par la retentissante affaire Dutroux, ce Belge condamné pour pédophilie. Dans l'Église, ce sont deux procès qui défraient la chronique en 2000. Un prêtre de Bordeaux est accusé d'atteintes sexuelles sur huit enfants mineurs : il sera condamné à quatre ans de prison ferme. Mais surtout, dans le Calvados, l'abbé René Bissey est condamné à dix-huit ans de prison pour viol. Une peine d'autant plus commentée que l'évêque de Bayeux et Lisieux, Mgr Pierre Pican, écope d'une peine de trois mois de prison avec sursis pour non-dénonciation des crimes de l'abbé. Une première à l'époque, que le principal intéressé n'a toujours pas digérée dix ans plus tard. "Aujourd'hui je ne dénoncerais pas plus qu'hier", maintient l'évêque. Interrogé vendredi par
RTL , Mgr Pican, qui doit quitter son diocèse le 2 mai prochain, assure "préférer être condamné par la justice de [son] pays que de trahir [sa] conscience".

Pourtant, en 1998, la Conférence des évêques de France publiait
un bulletin relatif à la pédophilie (voir ci-dessous), le premier du genre, où sont abordés les problèmes de conscience. "À l'instar du secret professionnel (médical en particulier), l'Église gère un "secret confié (...) Il a parfois été mal interprété (...) Il a pu servir de prétexte à occulter des actes pédophiles graves", reconnaît pour la première fois l'épiscopat français, insistant lourdement : "La confidence du prêtre pédophile ne saurait étouffer le mortifère. S'il y a eu passage à l'acte, il faut amener le prêtre à réparer et éventuellement à se signaler à la justice. Parfois, s'il n'obtempère pas, celui qui a connaissance d'agissements pervers doit lui-même effectuer la démarche. Il ne peut être question de "couvrir" des actes graves".

En 2002, les évêques français enfoncent le clou en publiant un livret sans ambiguïté. "Lutter contre la pédophilie, repères pour les éducateurs".
Cette publication détaille les définitions de la pédophilie, les pistes pour détecter des comportements à risque, mais s'attarde surtout sur cette question du secret de la confession. "Il ne doit pas fonctionner comme un lieu de non-droit ou une échappatoire devant les responsabilités juridiques et morales de chacun", écrivent alors les évêques. Ce texte est celui qui fait toujours autorité dans l'Église de France.

REGARDEZ le bulletin publié par la Conférence des évêques de France en 1998, le premier du genre où sont abordés les problèmes de conscience :

http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2010-04-02/scand...

http://www.lemonde.fr/a-la-une/article/2010/04/01/pedophilie-pourquoi-l-eglise-a-ferme-les-yeux_1327571_3208.html

02:52 Écrit par J.D. dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.