Les faits remontent à 1992-1993. Si l'affaire arrive seulement aujourd'hui devant le tribunal correctionnel, c'est parce que la plainte à la base du dossier est intervenue tardivement.

Victime alors qu'il avait 12 ans, Thibaut (prénom d'emprunt) avait décidé d'enterrer ça dans sa mémoire, de «vivre avec». Mais en septembre 2007, il apprenait que Gilbert, ancien curé de Flawinne, venait d'y revenir pour participer à un souper des anciens de l'école. Pour le jeune homme, c'était un intolérable déni de ce qui s'était passé, une insupportable provocation. Cela réveillait des souvenirs qu'il décidait de dénoncer, à la limite de la prescription.

Ils pensaient «vivre avec»

Gilbert (51 ans aujourd'hui) doit répondre d'attentats à la pudeur sur trois jeunes garçons de moins de 14 ans, entre janvier 92 et janvier 93. Deux à Flawinne, puis un à Beauraing. Hugues, une quatrième victime, vient raconter devant le tribunal comme témoin car pour lui les faits sont passés outre le délai de prescription deux scènes d'attouchements qu'il a vécues. Comme beaucoup d'autres jeunes adolescents, il logeait parfois chez le curé : «C'était vraiment le personnage du grand frère, du copain.» Au moment des confirmations, Gilbert participait aux retraites avec les futurs communiants. La nuit, durant le sommeil des victimes ou quand ils prenaient leur bain chez lui avant d'aller dormir, le curé les caressait au niveau du sexe, les masturbait.

Il est en aveux : «C'était un comportement que je n'aurais pas dû avoir. J'ai énormément de honte, de remords.»

Chacun des garçons a gardé ça pour lui. Non sans une énorme souffrance, comme l'évoque Hugues : « Je pensaisenfouir ces événements. Quand j'entendais parler de pédophilie dans les médias, je me bourrais la gueule pour oublier. Je ne voulais rien dire pour ne pas réinfecter une plaie qui ne s'était pas refermée.» Vu le contexte et l'attirance de Gilbert pour les jeunes garçons, la présidente du tribunal Marie-Cécile Matagne l'interroge sur d'éventuels autres faits : «Des jeunes, il en venait beaucoup chez moi...» mais il ne se souvient pas, dit-il, d'autre chose que ce qui est mentionné au dossier.

L'évêché, au courant, l'avait «écarté»

Du reste, au moment où l'affaire a éclaté en 2007, la police a réalisé de nombreuses auditions. Aucune, relève Me Sténier à la défense, n'a révélé d'autre victime : « Il y a une kyrielle de jeunes qui disent tout ce que leur curé leur a apporté de bien et à quel point il était apprécié. Un tel a pu acheter son premier scooter grâce à lui, il a appris à conduire à un autre. Il accueillait ceux qui étaient en conflit avec leurs parents et aidait à apaiser les choses. Il s'investissait énormément dans les mouvements de jeunesse et son presbytère était devenu une sorte de maison des jeunes par défaut. Et à aucun moment on ne mentionne d'autre comportement déplacé de sa part.»

Du dossier, il ressort que le curé était très apprécié dans sa paroisse de Flawinne : « Mais il y avait deux clans, note Régine Cornet, pour le parquet, parce que la rumeur circulait...» Il s'agissait même plus que d'une rumeur. La hiérarchie de Gilbert avait été au courant et, suite à un procès canonique par le Vatican, il était finalement écarté des fonctions sacerdotales. Régine Cornet rappelle que l'évêché de Namur avait été au courant de faits qui avaient amené au déplacement de Gilbert pour «comportement inadapté vis-à-vis des jeunes garçons».

Dans son audition, le successeur désigné pour la paroisse avait expliqué aux enquêteurs que Mgr Léonard lui avait conseillé, à son arrivée à Flawinne, de ne pas évoquer Gilbert, parce que «ce n'était pas une paroisse facile»....

http://www.lavenir.net/Article/Detail.aspx?articleID=3955...